Jean-Louis
EZINE
Un ténébreux
Editions du seuil
Année de parution : 2003
La Première Guerre mondiale s'achève laissant une France meurtrie et des familles qui par légion pleurent leurs morts. Il en est ainsi de Charles Bunel qui déplore le décès de son frère Edouard,
grand espoir du cyclisme, tué au combat. Le cadet tente alors de faire sienne la vie dont son aîné a été privé, allant jusqu'à rouler sur son vélo, un Lucifer de 1913, engin somme toute banal
avant 1914 mais devenu denrée rare cinq ans plus tard. Il sera aidé dans son entreprise par Jules Maurelois, riche industriel qui avant-guerre s'occupait d'Edouard, et du baron Théophile de
Fombault. Le conflit a prélevé sa quote-part dans le peloton du Tour de France, parmi eux d'anciens vainqueurs : Lucien Mazan dit Petit-Breton (1907 et 1908) François Faber (1909), Octave Lapize
(1910) ; là aussi il faut reconstruire, le Petit Journal décide dès 1919 d'organiser une course à étapes, le Circuit des Champs de Bataille. Signalons que cette même année le Tour de France
reviendra à la lumière (victoire du Belge Firmin Lambot). Depuis la Normandie Charles, le baron, l’homme d’affaires et son fils Louis, journaliste et poète, traversent la France d'Ouest en Est
pour suivre l'évènement. Est présente également dans le convoi Emilie, jeune femme qui, lors du Tour 1910, s'était enfuie de Metz avec Antoine, un autre rejeton de Jules ; on s'interroge sur
l'utilité de ce personnage féminin jusqu'à la fin... une fin qui nous livre l’explication. Ce périple sur un territoire dévasté est un épisode fort de ce roman vraiment prenant, on regrettera
même que celui-ci ne soit davantage étoffé, surtout entre le voyage évoqué ci-dessus et le moment où, en 1924, Charles, accompagné de Louis et Théophile, part s'entraîner dans les Pyrénées en vue
de disputer enfin le Tour de France. Il devrait en prendre le départ en qualité de « ténébreux », aussi appelé « isolés », les touristes-routiers pour reprendre le terme officiel disputaient
l’épreuve, contrairement aux coureurs des équipes de marques de cycles, sans la moindre assistance, sans le moindre soutien.
On a un peu le sentiment au final que Jean-Louis Ezine ne fait que survoler son sujet ; plus fouillé, sans doute en aurait-il gagné en intensité et profondeur, ceci dit que ce petit reproche ne
vous empêche pas de plonger dans la lecture de ce récit qui mérite indiscutablement que vous lui consacriez de votre précieux temps !
Quatrième de couverture
Après la Première Guerre mondiale, la France en ruine compte ses morts. Charles Bunel, trop jeune pour avoir combattu, rêve d'héroïsme. Entre 1918 et 1924, dans le souvenir d'un frère aspirant
champion et disparu sur le front, ce Normand « taiseux » ne brûle que d'une ambition : courir le Tour de France dans la catégorie des touristes-routiers, qu'on appelle aussi les « ténébreux ».
Par-delà la terrible guerre, c'est tout le rapport de la France avec son histoire, entre la Belle Epoque et les Années folles, à travers le mythe de la Grande Boucle, qu'explore ce roman, précédé
d'une confession autobiographique, « De la littérature considérée comme une vélomachie ».
| ANNEES | KILOMETRES |
| 2009 | 2397 |
| 2010 | 9106 |
| 2011 | 7311 |
| 2012 | 5094 |